Process Communication

Mécommunication : quand la communication se grippe (et comment y remédier avec la PCM)

Comprenez la mécommunication en Process Communication : les 3 degrés, les signaux d'alerte et les techniques pour rétablir le dialogue.

Mireille Hostiou Mireille Hostiou
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Vous êtes en réunion, un collègue présente une idée. Vous formulez une remarque que vous estimez constructive. En face, le visage se ferme, le ton change, la discussion dérape. Cinq minutes plus tard, vous ne parlez plus du sujet initial mais d’un malentendu qui grossit à vue d’œil. Que s’est-il passé ?

En Process Communication, ce phénomène porte un nom précis : la mécommunication. C’est l’un des concepts les plus puissants du modèle PCM, car il explique pourquoi la communication se grippe et, surtout, comment rétablir un échange constructif.

Qu’est-ce que la mécommunication ?

Une définition claire

La mécommunication désigne tout échange dans lequel le processus de communication est perturbé. Ce n’est pas un désaccord sur le fond — on peut être en désaccord tout en communiquant parfaitement. La mécommunication, c’est quand la manière de communiquer elle-même dysfonctionne : le message envoyé n’est pas reçu comme prévu, les émotions parasitent l’échange, et chacun s’enfonce dans des comportements improductifs.

Taibi Kahler, créateur de la Process Communication, a montré que la mécommunication n’est pas aléatoire. Elle suit des séquences prévisibles, identiques pour chaque type de personnalité. Cette prévisibilité est une excellente nouvelle : si l’on peut anticiper la mécommunication, on peut aussi la prévenir et la désamorcer. Pour découvrir les fondements du modèle, consultez notre article introductif sur la Process Communication.

Ce qui déclenche la mécommunication

La mécommunication se déclenche lorsque les besoins psychologiques d’une personne ne sont pas satisfaits. Chaque type de personnalité PCM a des besoins spécifiques qui, lorsqu’ils sont nourris positivement, maintiennent la personne dans une zone de communication efficace. Lorsque ces besoins sont frustrés, la personne entre progressivement en stress et adopte des comportements de mécommunication.

C’est un mécanisme automatique et inconscient. Personne ne choisit délibérément de mal communiquer. La mécommunication est une réponse de survie psychologique face à un manque.

Les trois degrés de mécommunication

La Process Communication identifie trois degrés de mécommunication, de gravité croissante. Comprendre ces paliers permet de repérer les signaux d’alerte le plus tôt possible — et d’intervenir avant que la situation ne se détériore.

Premier degré : les drivers

Le premier degré est le plus subtil et le plus fréquent. Il se manifeste par des comportements conditionnels appelés drivers (ou « messages contraignants »). La personne adopte inconsciemment un comportement qui trahit une tentative de satisfaire son besoin psychologique de manière inadaptée.

Les cinq drivers identifiés par Taibi Kahler sont :

  • Sois parfait : la personne surexplique, multiplie les détails, complexifie son discours. Elle cherche à être irréprochable et craint l’erreur.
  • Fais plaisir : la personne cherche l’approbation, dit oui à tout, évite le conflit à tout prix. Elle a besoin d’être aimée pour ce qu’elle fait.
  • Fais effort : la personne se complique la tâche, exprime de la difficulté même quand c’est simple. Elle valorise l’effort plus que le résultat.
  • Sois fort : la personne masque ses émotions, refuse de demander de l’aide, se montre stoïque. Elle confond vulnérabilité et faiblesse.
  • Dépêche-toi : la personne accélère, s’agite, parle vite, coupe la parole. Elle confond urgence et efficacité.

Comment repérer un driver en situation ?

Imaginez une réunion d’équipe. Votre collaboratrice, habituellement synthétique et efficace, se met soudain à détailler chaque point de manière exhaustive, à reprendre ses phrases pour les reformuler plus précisément, à ajouter des nuances sur des nuances. C’est le driver Sois parfait en action. Elle n’est pas devenue subitement pointilleuse : elle entre en premier degré de stress.

La bonne réaction n’est pas de lui dire « abrège » (ce qui augmenterait son stress), mais de lui envoyer un signal de reconnaissance adapté : « Votre analyse est très précise, c’est exactement ce dont nous avons besoin. »

Deuxième degré : les masques

Si les besoins psychologiques restent insatisfaits malgré le premier degré, la personne passe au deuxième degré : les masques. Les comportements deviennent plus marqués et plus problématiques. Chaque type de personnalité adopte un masque spécifique :

  • L’Attaquant : la personne devient agressive, critique, cherche le conflit. Elle reproche aux autres de ne pas être à la hauteur.
  • Le Geignard : la personne se plaint, se positionne en victime, attire l’attention sur ses difficultés sans chercher de solution.
  • Le Blâmeur : la personne impose ses convictions avec rigidité, juge les autres selon ses propres critères moraux, entre dans des croisades personnelles.
  • Le Rêveur : la personne se retire, décroche de la conversation, devient passive et inaccessible.
  • Le Manipulateur : la personne provoque, teste les limites, crée des drames relationnels pour obtenir de l’excitation.

Un exemple concret : l’entretien annuel qui dérape

Vous conduisez un entretien annuel avec un collaborateur de type Persévérant. Vous lui annoncez que son projet a été redirigé vers une autre équipe. Au premier degré, il commence à argumenter longuement sur le bien-fondé de sa démarche initiale (driver Sois parfait). Vous coupez court pour passer au point suivant.

Deuxième degré : il passe au masque de l’Attaquant. « De toute façon, dans cette entreprise, les décisions sont toujours prises sans considérer l’avis de ceux qui connaissent le sujet. » Le ton est monté, le dialogue est rompu. Ce qui aurait pu être un échange constructif sur la réorientation du projet est devenu un affrontement.

Troisième degré : le désespoir

Le troisième degré est heureusement rare en contexte professionnel, mais il existe. La personne entre dans un scénario d’échec profond. Les comportements sont destructeurs — pour soi ou pour les autres. C’est le stade du burnout, de la démission brutale, de la rupture relationnelle irréversible. À ce stade, un accompagnement professionnel est souvent nécessaire.

Les signaux de mécommunication par type de personnalité

Chaque type de personnalité a ses propres signaux d’alerte. Pour approfondir les 6 types de personnalité PCM, voici comment la mécommunication se manifeste pour chacun :

L’Empathique sous stress

  • 1er degré : fait des erreurs inhabituelles, se dévalorise (« je suis nul(le) »), cherche excessivement à plaire
  • 2e degré : se victimise, attire les critiques, accumule les problèmes de santé mineurs
  • Besoin frustré : reconnaissance en tant que personne, environnement sensoriel chaleureux

L’Analyseur sous stress

  • 1er degré : surcontrôle, détaille à l’excès, perd de vue la vision d’ensemble
  • 2e degré : critique les autres sur leur manque de rigueur, pointe les erreurs de chacun
  • Besoin frustré : reconnaissance de son travail et de sa structuration du temps

L’Energiseur sous stress

  • 1er degré : s’éparpille, parle trop, rit de manière excessive ou inadaptée
  • 2e degré : rejette la faute sur les autres, ne prend pas sa part de responsabilité
  • Besoin frustré : contacts ludiques et stimulants

Le Promoteur sous stress

  • 1er degré : s’impatiente, prend des risques inutiles, teste les limites
  • 2e degré : manipule, crée des situations de crise, provoque les autres pour obtenir de l’excitation
  • Besoin frustré : excitation, défis, action

L’Imagineur sous stress

  • 1er degré : se replie, attend passivement qu’on lui dise quoi faire
  • 2e degré : décroche totalement, devient absent même physiquement présent
  • Besoin frustré : solitude et temps pour soi

Le Persévérant sous stress

  • 1er degré : se focalise sur ce qui ne va pas, argumente longuement ses positions
  • 2e degré : part en croisade, impose ses valeurs, rejette ceux qui ne partagent pas sa vision
  • Besoin frustré : reconnaissance de ses opinions et de son engagement

Techniques pour rétablir la communication positive

La règle d’or : nourrir le besoin psychologique

Le moyen le plus efficace de désamorcer la mécommunication est de nourrir le besoin psychologique frustré de votre interlocuteur. Cela demande deux compétences :

  1. Identifier le type de personnalité (ou au minimum le canal de communication préférentiel)
  2. Offrir une réponse adaptée qui satisfait le besoin

Voici quelques exemples concrets :

SituationCe que vous observezCe qui se passeCe que vous pouvez dire
Email agressif d’un collègueTon critique, reprochesPersévérant en 2e degré« Je respecte votre engagement sur ce sujet. Votre avis est important. Comment voyez-vous la suite ? »
Collaborateur qui décroche en réunionRegard absent, silenceImagineur en 1er degréAprès la réunion, en tête-à-tête : « Prenez le temps d’y réfléchir et revenez vers moi demain avec vos idées. »
Employé qui se plaint sans cessePlaintes répétées, victimisationEmpathique en 2e degré« Je comprends que cette situation est difficile pour vous. Vous comptez beaucoup pour l’équipe. Qu’est-ce qui vous ferait du bien en ce moment ? »

Revenir à la position OK/OK

En PCM, la communication positive repose sur une posture fondamentale : la position de vie OK/OK. Cela signifie : « Je suis OK (j’ai de la valeur) et tu es OK (tu as de la valeur). » La mécommunication nous fait basculer dans des positions dysfonctionnelles :

  • OK/pas OK : « J’ai raison, tu as tort » (Attaquant, Blâmeur)
  • Pas OK/OK : « Tu es mieux que moi » (Geignard)
  • Pas OK/pas OK : « Rien ne va, pour personne » (Désespoir)

Pour revenir en position OK/OK :

  1. Prenez conscience de votre propre état : êtes-vous vous-même en stress ? Si oui, nourrissez d’abord vos propres besoins psychologiques.
  2. Changez de canal de communication : si le canal actuel ne fonctionne pas, essayez-en un autre. Un interlocuteur Empathique a besoin d’un canal nourricier (chaleur, empathie), un Analyseur d’un canal informatif (faits, logique).
  3. Offrez de la reconnaissance adaptée au type : reconnaissance du travail pour l’Analyseur, reconnaissance de la personne pour l’Empathique, reconnaissance des opinions pour le Persévérant.
  4. Ne combattez jamais un masque par un masque : si quelqu’un vous attaque, ne contre-attaquez pas. Sortez du jeu relationnel en revenant au contenu ou en nommant ce qui se passe.

La prévention : mieux que la guérison

La meilleure façon de gérer la mécommunication est de la prévenir. En tant que manager, vous pouvez :

  • Créer les conditions pour que les besoins psychologiques de chaque membre de votre équipe soient régulièrement nourris
  • Varier vos canaux de communication : ne pas toujours utiliser le même style pour tous
  • Être attentif aux premiers signaux (drivers) et réagir immédiatement avec une réponse adaptée
  • Vous former à la PCM pour acquérir ces réflexes : découvrez les formations Process Communication disponibles

La mécommunication : un levier de progrès

Comprendre la mécommunication n’est pas seulement utile pour désamorcer les crises. C’est un formidable levier de connaissance de soi et de développement du leadership. En apprenant à reconnaître vos propres patterns de mécommunication, vous gagnez en lucidité, en maîtrise et en authenticité.

La mécommunication n’est pas une fatalité. C’est un signal — un signal qui vous dit que quelqu’un (peut-être vous) a un besoin non satisfait. Et quand vous savez lire ce signal, vous avez le pouvoir de transformer une interaction qui dérape en un moment de connexion véritable. C’est toute la puissance de la Process Communication.

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Mireille Hostiou, coach professionnelle certifiée

Mireille Hostiou

Coach professionnelle certifiée et formatrice agréée Process Communication Model® (KCF). 30 ans d'expérience en entreprise industrielle internationale.

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Formateur Agréé en Communication Interpersonnelle

2018

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